Nouvelle-Aquitaine : faudra-t-il bientôt déménager pour se former ?
224 sessions de formation supprimées, 2 500 places perdues pour les jeunes et demandeurs d'emploi : c'est le bilan annoncé par l'UROFA pour la période septembre-décembre 2026 en Nouvelle-Aquitaine, conséquence directe de réductions budgétaires décidées par l'État en plein été.
La nouvelle est tombée au cœur de l'été 2026 : l'État a brutalement réduit les financements du Pacte régional d'investissement dans les compétences (PRIC), privant la Région Nouvelle-Aquitaine de près de 80 millions d'euros. Contrainte malgré elle, la collectivité a dû annuler des sessions de formation programmées, alors même qu'elle affirme maintenir son engagement financier pour la formation des néo-aquitains.
Des territoires ruraux en première ligne
Les premières conséquences se font sentir dès septembre dans les villes moyennes et les zones rurales, là où l'offre de formation était déjà la plus limitée. Pour un jeune sans permis ou un demandeur d'emploi devant faire garder ses enfants, une formation supprimée localement ne se remplace pas par un trajet de 60 kilomètres. L'UROFA alerte : demain, l'accès à une formation pourrait dépendre davantage du lieu de résidence que de la motivation ou des capacités de chacun.
Des entreprises déjà en difficulté pour recruter
Le secteur associatif pointe aussi les répercussions économiques. Moins de formations, c'est moins d'aides à domicile, moins de professionnels qualifiés dans le bâtiment, l'industrie, le transport, la propreté, la restauration ou le numérique — autant de secteurs où les entreprises peinent déjà à trouver des candidats.
Des emplois et des savoir-faire menacés de disparition
Les organismes de formation — Infrep, Hommes & Savoirs, Léo Lagrange Formation, Insup, la Ligue de l'Enseignement, Asfodep ou Indigo Formation, entre autres — sont eux-mêmes des employeurs ancrés dans les territoires. Arrêts de recrutement, non-remplacements, licenciements économiques, fermetures de sites, voire liquidations judiciaires : le mouvement est déjà engagé dans plusieurs départements. L'UROFA souligne qu'une formation peut être supprimée en quelques semaines, mais qu'il faut souvent plusieurs années pour reconstituer une équipe, des locaux, des habilitations et des relations avec les entreprises locales.
Au-delà des chiffres, un enjeu de société
Ces financements ne concernent pas uniquement l'accès direct à un métier. Ils permettent aussi d'accompagner celles et ceux qui ne savent pas encore vers quel secteur se diriger : découverte des métiers, remise en confiance, maîtrise des outils numériques ou du français. Sans ces premières étapes, nombre de jeunes et de demandeurs d'emploi ne pourront ni accéder à une formation qualifiante, ni retrouver durablement un emploi.
Les demandes de l'UROFA
Face à cette situation, l'Union régionale des organismes de formation associatifs (UROFA) formule deux demandes :
- que les conséquences territoriales, humaines et économiques de ces coupes budgétaires soient rendues publiques avant toute suppression de formation ;
- qu'une offre minimale de formation soit garantie sur chaque bassin d'emploi, permettant à chacun de s'orienter et de se qualifier.
« Se former près de chez soi ne doit pas devenir un privilège », conclut l'organisation, qui appelle à agir avant que ne s'installe une fracture territoriale durable de l'accès à la formation.
